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GEAB N°76 (15 juin 2013) - Sommaire

Alerte second semestre 2013 – Crise systémique globale II : seconde déflagration dévastatrice / explosion sociale à l’échelle planétaire

Un choc de type Lehman en 2008, départ symbolique de l’incendie et surtout prise de conscience généralisée de la situation, n’a pas encore eu lieu. Ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle car avec le temps la situation ne cesse de s’aggraver et ce n’est plus un choc auquel il faut se préparer mais une déflagration dévastatrice… (page 2)

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UE 2014-2015 : après les élections au Parlement européen, le bras de fer entre Parlement et Conseil européen favorise la montée de l’Euroland

L’architecture institutionnelle de l’UE a toujours été, depuis le début du processus d’intégration européenne, fondée sur le sable mouvant de la réalité politique. Si l’on ne fait que regarder un instant donné, on pourrait être amené à croire que la structure est solide, bien ancrée dans les traités européens. Mais la réalité est tout autre… (page 11)

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Le monde en 2030 – Diversification / infrastructures / éducation : anticiper la capacité de rebond post-crise d’une économie

S’il est nécessaire d’avoir une vision des événements à court terme pour naviguer dans cette crise d’ampleur séculaire, il ne faut toutefois jamais perdre de vue le panorama général des transformations du monde, tel que nous le rappelons régulièrement dans le GEAB. C’est la raison pour laquelle il est important de ne pas oublier les tendances de fond qui façonnent une société sur le long terme, c’est-à-dire sur plusieurs décennies (20 à 30 ans)… (page 15)

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Gouvernance Mondiale – Le rapprochement Euro-BRICS au service de la mise à niveau du système ou comme matrice d’un nouveau modèle ? Les institutions de la gouvernance globale théoriquement en charge de gérer la crise qui affecte la planète depuis maintenant 5 ans sont-elles structurellement capables d’engager les réformes nécessaires pour créer les conditions d’une amélioration de leur efficience ?… (page 27)

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Recommandations opérationnelles et stratégiques

Cash / pétrole / bourse / obligations… (page 30)

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Le GlobalEurometre - Résultats & Analyses

Le questionnaire de ce mois reflète une inquiétude élevée mais plutôt constante quant aux indicateurs économiques, à l’exception notable près du risque de faillites bancaires qui se précise à nouveau… (page 33)

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Etats-Nations, Europe, Régions et … Macro-Régions : Un regard sur l’intégration régionale en tant que structure de la gouvernance de l’Euroland
par Christel Hahn
03/02/2013


L’été dernier (29-06-2012), les présidents des régions alpines se sont réunis à Bad Ragaz, en Suisse. Si d’apparence rien ne différencie cette rencontre des précédentes, elle a cependant un caractère exceptionnel. En effet, le nombre de régions participantes a augmenté, et parmi elles se trouvait la Lega Nord (Ligue du Nord italienne), ce qui a attiré l’attention de la presse européenne [1]. Le président de la convention, Willi Haag (St Gall), donne le ton à la rencontre : « Nous voulons faire des Alpes le cœur de l’Europe » [2].

Intitulée la “Conférence des Régions Alpines”, la rencontre a été célébrée à l’occasion de la conférence annuelle « Arge Alp » (une association des régions alpines, fondée il y a quarante ans, bien avant Schengen et l’Euro). Une résolution y a été adoptée, basée sur le document de stratégie visant à développer une stratégie européenne macro-régionale pour les Alpes.

Cette conférence est le résultat d’une relation durable entre de nombreuses organisations et groupes de travail transalpins, qui a été établie lors des différentes phases de l’intégration européenne.

L’UE : Dix étapes historiques

1951 : Création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier par 6 membres fondateurs

1957 : Le Traité de Romé établit un marché commun

1973 : La Communauté s’élargit à neuf Etats membres et développe sa politique commune

1979 : Première élection directe au Parlement Européen

1981 : Premier élargissement méditerranéen

1993 : Achèvement du marché commun

1993 : Le Traité de Maastricht établit l’Union Européenne

1995 : L’UE s’étend à 15 membres

2002 : Introduction des billets et pièces Euro

2004 : Dix nouveaux pays intègrent l’UE

Alpes : Le réseau

- Les efforts de protection de la nature alpine remontent évidemment à avant l’intégration politique. Ils conduisent en 1952, juste après la guerre, à créer la CIPRA (Commission Internationale pour la Protection des Alpes).

- Lors de la première phase de l’intégration européenne avec la Communauté Européenne (6 Etats membres fondateurs) et l’Association européenne de libre-échange (AELE), la Arge Alp a été fondée en 1972.

- La première renaissance Européenne de 1985-1992, époque de la dissolution du rideau de fer, a vu s’établir l’Europaregion Tirol-Südtirol-Trentino [3] en 1989, une région transnationale constituée de ces parties du Tyrol qui avaient été séparées par le Traité de St Germain après la Première Guerre Mondiale.

- A la même période, pendant laquelle l’UE était créée par le Traité de Maastricht, les principaux Etats alpins signèrent la Convention Alpine en 1991. La Conférence Alpine est la rencontre régulière de ces Etats.

- Après que l’UE est établie, elle met en place le Programme de l’Espace Alpin (premiers débuts en 1997) dans le cadre de sa politique de cohésion (soit sa politique régionale).

- Aujourd’hui, alors que l’UE élargie essaie de se consolider en Euroland, toutes les régions alpines se sont unies dans le but commun d’établir une Stratégie Macro-Régionale pour les Alpes.

Tous ces réseaux coexistent, échangent et partagent, constituant ainsi un véritable réseau alpin, au sein duquel les responsables travaillant aux projets transnationaux coopèrent depuis longtemps maintenant et créent un sentiment de « Famille Alpine » [4]. Et toute la famille est engagée dans le projet d’une stratégie macro-régionale pour les Alpes.

Le dénominateur commun de ce groupe de régions européennes, c’est sa géographie, dont les spécificités ont été formées lorsque l’Afrique est entrée en collision avec l’Europe. Cette collision a non seulement créé les hautes montagnes, mais aussi les bassins alentours, ce que l’on peut par exemple observer au Matterhorn (Mont Cervin en Suisse), dont le pic est composé de gneiss du continent africain :

Le Matterhorn (12)

Le Matterhorn

Comme démontré récemment [5], les peuples européens se sont déployés en partant de ces montagnes européennes (Alpes, Scandinavie et chaînes montagneuses d’Europe de l’Est). Alors que l’espace méditerranéen héberge des cultures assez développées depuis environ 5000 ans, le nord des Alpes n’a connu de tel développement que depuis 2500 ans. A cette époque reculée (Civilisation de Hallstatt, expansion de l’empire Romain au-delà des Alpes, Christianisation de l’Europe Centrale), les plaines du nord des Alpes, et particulièrement la région du lac de Constance (avec l’Evêque de Constance et le monastère de St Gall et de Reichenau), étaient le centre politique, culturel et spirituel de l’Europe Centrale.

Maintenant que nous sommes imprégnés de cette époque reculée, retournons au développement politique actuel.

La “Famille Alpine”

1. CIPRA est une ONG qui travaille depuis 60 ans à développer les Alpes de manière durable. Elle regroupe 100 organisations membres avec des antennes dans plusieurs pays : Allemagne, France, Italie, Liechtenstein, Autriche, Suisse, Slovénie et Tyrol du Sud. Son siège social se trouve au Liechtenstein, qui est un acteur principal de la création de la Convention Alpine. Elle fonctionne avec une stratégie double : descendante d’une part (top-down, Convention Alpine) et ascendante d’autre part (bottom-up, projets et initiatives)

Le réseau Cipra

2. La Arge Alp fut la première association au sein de l’Europe regroupant des Etats et des unités autonomes à un niveau inférieur aux Etats-Nations et qui est en fait une organisation de leaders régionaux. Fondée il y a 40 ans, le projet a été initié par les présidents du Tyrol (Edouard Wallnöfer) et du Tyrol du Sud (Silvius Magnago), et d’une certaine manière de la Bavière (Alfons Goppel). Sa création a marqué la fin d’une période de tension : le conflit du Tyrol du Sud, opposant l’Autriche à l’Italie (qui avait engagé les Nations Unies et empêché l’intégration de l’Autriche à l’UE) ainsi que le début d’une certaine Européanisation. Les régions membres sont (membres fondateurs en gras) : le Bade-Wurtemberg, la Bavière (D), Salzburg, Tyrol, Vorarlberg (A), Trient, Tyrol du Sud, Lombardie (I), St Gall, Tessin, Graubünden (CH). Trient est arrivé en 1973, St Gall en 1982, Tessin en 1988 et le Bade-Wurtemberg en 1992 [6].

40ème anniversaire de Arge Alp [7]

3. L’Europarégion Tyrol-Tyrol du Sud-Trentino est une fusion de ces trois régions en une seule région transnationale, et elle a adopté en 2011 le statut juridique d’une GECT (Groupement Européen de Coopération Territoriale, une structure légale créée par l’UE). C’est un autre aboutissement de l’européanisation du conflit de Tyrol du Sud : comme nous l’apprend l’histoire, l’Arge Alp est à l’intégration Alpine ce que le couple franco-allemand est à l’intégration européenne.

Groupement Européen de Coopération Territoriale

4. La Conférence Alpine est une rencontre régulière des Etats signataires de la Convention Alpine. La première Conférence s’est déroulée en 1989 et la Convention Alpine, qui est un traité international sur la protection globale et le développement durable des Alpes, impliquant la CEE (puis l’UE) et les 8 Etats alpins (Allemagne, France, Italie, Lichtenstein, Autriche, Suisse, Slovénie et Monaco) fut signée en 1991, puis ratifiée quelques années plus tard. La Convention Alpine comprend un espace de 190 600 km² et 13,9 millions de personnes.

La Convention Alpine

5. Dans l’UE, nous avons d’une part le Conseil Européen (réunissant les chefs d’Etat) et d’autre part les institutions de l’UE (Commission, Parlement…). Ces institutions européennes ont donné aux Alpes le Programme Spatial Alpin, qui est un programme de coopération transnational (soit un CTE – Coopération Territoriale Européenne) dans le cadre de la politique de cohésion de l’UE (une politique visant à réduire les disparités entre les régions européennes) [8]. La politique de cohésion de l’UE s’est manifestée par une série de plans sur 7 ans (le dernier couvrant la période 2007-2013 et le prochain s’étalant jusqu’à 2020) et représente pour cette dernière période un tiers (soit 347 milliards) du budget total de l’UE [9]. Cette somme est en grande partie destinée à financer la cohésion (financement des régions « reculées ») et seulement une petite part va dans la coopération territoriale, ce qui représente 130 millions d’euros pour les Alpes entre 2007 et 2013 [10]. Les tous débuts du Programme Spatial Alpin remonte à 1997 et ses Etats partenaires sont les mêmes que les signataires que la Convention Alpine (hormis Monaco). Mais alors que la Convention Alpine n’inclut que le cœur de l’espace alpin (l’arc alpin), le Programme Spatial Alpin s’étend jusqu’aux plaines alentours, incluant alors de grands espaces métropolitains (comme Munich, Vienne, Ljubljana, Milan, Lyon et Zurich) et représentant une surface de 390 000 km² et une population de 70 millions d’habitants. Il a un secrétariat permanent à Innsbruck, ainsi qu’une antenne à Bozen.

L’Espace Alpin

6. A l’heure où l’UE doit se redéfinir elle-même à cause de la crise mondiale, et préparer son prochain plan sur 7 ans (2014-2020), un nouveau concept est né dans le jargon européen : la Stratégie Macro-Régionale. Elle est définit comme étant « un cadre intégré permettant à l’UE et aux Etats membres d’identifier les besoins et d’allouer les ressources disponibles » [11]. La Stratégie Macro-Régionale est une passerelle vers une décentralisation de la planification et l’exécution des plans. L’UE a déjà deux Stratégies Macro-Régionales : la Stratégie de la Mer Baltique (adoptée par le Conseil Européen en juin 2009) et la Stratégie de la Région du Danube (décembre 2010). Les travaux effectués pour développer une stratégie macro-régionale pour les Alpes ont été débutés en 2009 avec le Arge Alp, la Conférence Alpine et le Programme Spatial Alpin, et visent à engager 40 régions et 7 Etats, soit 50 millions d’habitants.

Vers une stratégie macro-régionale pour les Alpes

En Mai 2010 une déclaration a été signée par Salzburg, Tyrol, Vorarlberg, Tyrol du Sud, Trient, Graubünden and Bayern. Les leaders régionaux de l’Arge Alp ont travaillé sur une stratégie au cours de leurs conférences annuelle (41ème à Eppan Juin 2010, 42ème à Zell am See Juillet 2011, 43ème à Bad Ragaz Juillet 2012). A la XIème Conférence Alpine (Brdo, Mars 2011) un groupe d’étude [12] fût installé qui fut reconduit pour la XIIème conférence (Poschiavo, Septembre 2012). Le programme de l’espace Alpin gère depuis Mai 2011 un processus inclusif pour établir une stratégie européenne pour les Alpes par l’élaboration de documents par des experts externes comme bases de dialogue entre les parties prenantes [13]. D’autres régions se sont unies au développement de la stratégies lors des conférences à Bruxelles (Novembre 2011) [14] et Grenoble (Janvier 2012) à la conférence de la régions des Alpes de Bad Ragaz (Juillet 2012) et à la Conférence des régions des Alpes & Etats pendant la célébration du 40ème anniversaire de l’Arge Alp à Innsbruck (Octobre 2012). Année de recherches et de débats pour les Alpes, 2012 a conduit à l’expansion du réseau, à la définition d’une portée géographique pour une stratégie macro-régionale, du contenu a été développé et des influences ont été exercées sur les institutions de l’UE et les gouvernements nationaux. L’Autriche et la France ont choisi de mettre la proposition avant le Conseil Européen. Un résultat visible est attendu au printemps lors de la Conférence sur les parties prenantes de l’espace Alpin se tiendra, le 21 février 2013 à Milan [15].

Les trois objectifs d’une stratégie macro-régionale pour les Alpes, qui ont été acceptés à Bad Ragaz et dans laquelle on attend des efforts coopératifs qu’ils apportent des solutions plus efficaces qu’au niveau national, sont les suivants :

- Promotion de l’innovation et compétitivité dans cette zone prospère

- Une stratégie commune concernant l’eau, l’énergie, l’agriculture, la foresterie, l’environnement et le climat

- Le développement de solutions en respect avec l’augmentation du trafic tran-alpin et l’accessibilité des régions montagneuses inaccessibles.

Il a été dit en conclusion que la stratégie macro-régional pour les Alpes devrait fournir un cadre « qui permette la collaboration de tous les niveaux essentiels du gouvernement et de l’administration » [16].

Une telle gouvernance multi-niveaux est en développement dans le processus actuel : comme les Alpes et les terres alentours sont une part de l’Europe relativement prospère, il n’est pas surprenant que, dans la situation de crise européenne actuelle, les leaders régionaux aient mis un point d’honneur à protéger les exploits de ces régions et qu’ils aient inclus ces questionnements comme un objectif majeur dans le papier de Bad Ragaz. D’un autre côté CIPRA et la conférence Alpine font part de leurs inquiétudes à savoir que les exploits relevés dans les Convention Alpine ne devraient pas être étendus et que la Commission Européenne essaie de gérer l’ingérable. Tous les acteurs sont concernés par la manière dont la monnaie sera distribuée pour 2014-2020.

Pour illustrer ce processus, trois voix se sont élevées :

Luciano Caveri, ancient president de la Vallée d’Aoste : "La macro-région Alpine est une étape au-delà de la convention Alpine et des fonds UE : les régions peuvent défendre leur point de vue" [17].

Un article de presse de CIPRA : "La conversion de la Convention Alpine en une région Alpine étendue, la macro-région Alpine, doit maintenant être renforcées. Les valeurs acquises aux moyens de ce traité international unique doivent être appliqué comme un standard minimum à la protection et au développement durable d’une région Alpine étdendue. …Une nouvelle solidarité doit être trouvée entre les acteurs de l’Arc des Alpes et les zones métropolitaines dans les régions alentours des Alpes" [18].

Johannes Hahn, EU commissioner for Regional Policy : "Les régions Alpines ont une longue expérience d’un travail collaboratif et elles possèdent quelques-unes des mieux établies et des plus matures administrations en Europe. Ce sont les mieux placées pour diriger n’importe quelle nouvelle forme d’auto coopération. Il n’y a pas de raisons qui justifierait d’attribuer un rôle formel à la commission européenne" [19].

Les tendances qui façonnent le processus Macro-régional

La nécessité de conserver un équilibre écologique dans une période de turbulences :

Le besoin constant de conserver l’équilibre d’un écosystème fragile dans les Alpes est et a été l’un des motifs prédominants pour une coopération et intégration régionale. La crise systémique globale actuelle est en effet une période de fortes turbulences (instabilité politique, insécurité économique, turbulences climatiques) qui intensifient donc le besoin d’équilibre. Dans ce monde qui émerge de la crise, il n’est pas suffisant de compter sur les processus actuels, mais nous observons la nécessité de développer de nouvelles méthodes et solutions provenant d’une prise de conscience intensifiée.

L’arc alpin est formé par son histoire :

1919 marqua l’effondrement de l’empire de Habsbourg [20], qui, originaire de Suisse, s’était étendu à d’autres régions de l’arc alpin (Bade-Wurtemberg, Vorarlberg, Tyrol, Slovénie, Lombarde, Franche-Comté) [21]. Après la libération de la Suisse, le pouvoir s’est ensuite déplacé en Autriche, où s’est formée la puissance est-Européenne Austro-Hongroise d’où émanèrent la plupart des empereurs allemands, depuis la fin des Staufer jusqu’à l’écroulement du Reich. En 1919, le Tyrol du Sud fut donné à l’Italie par le Traité de Saint-Germain.

Parce que l’Autriche était dans une position de faiblesse par rapport à l’Italie après la Seconde Guerre Mondiale, le Tyrol du Sud a été gardé par cette dernière qui bloqua le processus d’entente contractuel pour son autonomie. Le litige a donné lieu à des actes terroristes (avec la participation probable de Gladio) avant d’être résolu en 1972 grâce à des négociations permanentes et une forte pression internationale pesant sur le gouvernement italien. Les leaders régionaux, abandonnant leurs espoirs de voir un jour l’Autriche réunifiée, ont fait de Tyrol une Europarégion. Les dynamiques de résolution pacifique du conflit ont fait de cette région un moteur de l’intégration alpine.

L’UE est plus que l’UE :

Malgré que l’UE, en tant qu’entité politique, aie des frontières bien définies, ce n’est ni le cas de sa politique de cohésion, ni de ses stratégies macro-régionales ; elles intègrent en effet plusieurs régions qui ne font pas politiquement partie de l’UE. C’est le cas des stratégies macro-régionales européennes de la Mer Baltique et de la Région du Danube. Et les Alpes ont le Suisse (et le Liechtenstein) comme partie intégrale et proactive du réseau alpin, ce qui lui donne une nouvelle force et une certaine dynamique.

Pression pour des structures plus fédérales et décentralisées

Le grand nombre de frontières, les petites tailles de l’Autriche et de la Suisse ainsi que les questions spécifiques qui doivent être résolues, font que les leaders régionaux agissent parfois comme des « chefs d’Etat » dans un réseau de « relations internationales » [22]. Phénomène favorisé par les structures fédérales/décentralisées de la Suisse, de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie. Chacun de ces Etats a un système politique unique, la Suisse étant le plus fédéral et ayant la démocratie la plus directe, et où les cantons ont le droit d’établir leur propre « politique extérieure » (kleine Aussepolitik). La Suisse, l’Allemagne et l’Autriche ont une deuxième chambre parlementaire, dont les membres sont nommés par Land/canton. En Italie, un processus visant à transformer l’actuelle constitution en constitution fédérale est pourparlers, mais le système lui a déjà été décentralisé ces dernières années (les régions autonomes conservent 90% de leurs recettes). Et en France, la pression se fait de plus en plus forte pour aller aussi dans cette direction, ce qu’on peut observer avec l’expansion du réseau alpin en France.

La Prospérité des Régions Alpines :

Les Alpes est un groupe de régions européennes ayant une structure économique relativement homogène, émanant d’un environnement naturel lui aussi assez homogène. Ce qui caractérise cet espace, ce n’est pas la production de masse ou à grande échelle, mais l’innovation technologique grâce à des réseaux industriels et universitaires de taille moyenne, mais développés. Beaucoup de facteurs ont contribué à cette prospérité : la stabilité politique et les apports de capitaux qui en résultent, la force tirée du dépassement des défis naturels, la situation géographique – au centre de l’Europe, et les conditions politiques et historiques spécifiques. En Italie comme en Allemagne, ces facteurs ont mené à une situation où les leaders des régions italiennes et de l’Allemagne du sud ont eu tendance à entrer en opposition avec leur gouvernement national. La Ligue du Nord et le CSU Bavarois ont beau avoir des programmes politiques très différents, ils ont ce trait commun de donner constamment du fil à retordre à leur gouvernement national.

Anticipation du Développement futur du Processus

L’émergence d’une stratégie macro-régionale pour les Alpes entre clairement en écho avec la transition décrite par Franck Biancheri dans son livre « Crise Mondiale : En route pour le monde d’après » [23]. Son raisonnement peut expliquer le processus de la manière suivante :

La structure et la taille :

Selon le communiqué de presse du CIPRA datant d’aout 2012 : "Le train pour la macro-région Alpine a désormais quitté le quai de la gare ; aucun de ses principaux participants ne veut le rater". Certains se montrent plus sceptiques et considèrent qu’on ne peut encore prévoir ce qui va être décidé à Bruxelles. D’autres encore estiment (et c’est ce que nous devrions faire aussi) que nous ne devrions pas nous focaliser sur cette décision de Bruxelles, mais plutôt nous concentrer sur le réseau déjà existant. Ce réseau existe en effet, et il fonctionne. Il s’est renforcé à travers les étapes du processus commun et semble aujourd’hui assez solide. Cela montre que l’Euroland (un terme utilisé ici pour faire référence à une UE transformée par la crise mondiale) ne fonctionne pas de manière centralisée (top-down) mais en réseaux, qui relèvent en fait d’organisations autonomes [24].

Ce qu’on se demande, c’est si les espaces métropolitains devraient faire partie de la macro-région Alpine. Ils n’appartiennent pas proprement dit aux montagnes, mais ils appartiennent à la région avec qui ils partagent un passé commun, et ils veulent y participer. Ils en feraient donc partie, mais les frontières de la macro-région Alpine étant flexibles, elles pourraient se voir redessinées en cas de changement de la situation politique des régions participantes [25].

On doit noter que le réseau alpin est essentielement un réseau de politiciens et d’ONG régionaux, et qu’lle appartient donc au "vieux monde". Chez les citoyens, on contaste une méfiance croissante pour tous les "officiels" et, à l’inverse, une forte identification régionale [26].

Promotion de l’innovation et compétitivité dans cet espace prospère

L’inclusion de cet objectif n’a rien de nouveau dans une UE régulée par les principes libéraux de la loi du marché, mais il montre que les objectifs de la politique régionale européenne ont besoin d’être réajustés. Nous passons actuellement d’un monde, où on faisait en sorte que tout le monde soit égal en jetant l’argent par les fenêtres, à un monde qui reconnait le caractère unique de chacun et se constitue de communautés auto-suffisantes. Dans ce monde, on n’essaiera pas de faire régner l’égalité (comme Procuste, qui coupe les jambes de ceux qui sont trop grands pour rentrer dans son lit), mais on s’assurera que chacun a des chances égales et la possibilité de développer son propre talent. De plus, les parlements (qui sont l’expression de cette idée que tout le monde est égal) verront leur importance baisser, contrairement aux réseaux d’experts qui gagneront en légitimité.

Pour les régions prospères, cela ne veut pas dire qu’elles devraient recevoir l’argent destiné aux régions plus pauvres, mais qu’elles auront la place de se développer selon leurs capacités. Et cela ne sera rendu possible que par un changement dans le système monétaire, qui garantirait que les flux de capitaux soient déterminés par les besoins des communautés et des régions, et non pas par le marché [27].

Des stratégies communes concernant l’eau, l’énergie, l’agriculture, les forêts, l’environnement, le climat…

Encore une fois, nous pouvons voir que nous sommes en train de passer d’un monde redistributif, à un monde dans lequel l’environnement n’est pas perçu comme un problème à résoudre, mais comme un écosystème auquel nous appartenons et dont nous devons préserver l’équilibre. En outre, d’un monde de systèmes et de structures [28], à un monde dans lequel tous les besoins sont équilibrés.

De plus, dans un monde de demain où grandira l’interdépendance, certaines questions, vaguement abordées par le passé, doivent aujourd’hui trouver des réponses. Ces questions, sur lesquelles les politiques ne s’épanchent pas vraiment, sont de plus en plus fréquemment soulevées par les mouvements citoyens. Une de ces questions concerne un projet suisse : la construction d’un site de décharge permanent pour les déchets nucléaires, dans les plaines du nord des Alpes, région par ailleurs géographiquement instable. Quand bien même la Suisse soit responsable de ses centrales nucléaires, la question doit aujourd’hui être discutée par la communauté entière.

Développement de solutions concernant l’augmentation du trafic transalpine et l’accès aux régions montagneuses peu accessibles

Encore une fois, nous assistons à la transition d’un monde de systèmes et de structures à un monde dans lequel les besoins du citoyen sont pris en compte. Ici, la Suisse et sa démocratie directe est un bon exemple. La Suisse a voté contre les trains à grande vitesse (car ils n’ont aucun sens dans les petites régions montagneuses) et à la place, un réseau ferroviaire exemplaire a été mis en place [29]. Et comme les bonnes idées sont véhiculées sur le réseau, il y a des chances que ce bon exemple s’étende à l’ensemble de l’arc alpin. Remplacer les vignettes nationales pour les voitures par une Vignette de Voiture Alpine rencontrerait un succès certain auprès de ces citoyens. De cette manière, la reconnaissance et l’assimilation émaneront des citoyens (qui ne paieront qu’une fois) et des démarches seront entamées pour intégrer le projet et le financement du réseau routier.

Stratégie Macro-Régionale (43)


[1] Source : PressEurop, 03/07/2012

[2] Sources : Arg Alp, 29/07/2012 ; Arg Alp, 29/07/2012

[3] Ce sont les appellations anglaises pour les Etats, et les noms originaux pour les régions.

[4] Bernard Soulage, Vice-president of Rhône-Alpes and member of the European Committee of the Regions

[5] Martin Freksa : Genesis Europas, Berlin 2011

[6] Geschichte der österreichischen Bundesländer seit 1945, Liebe auf den zweiten Blick von Herbert Dachs, Ernst Hanisch und Robert Kriechbaumer von Böhlau, Wien 1998

[7] 40ème anniversaire de Arge Alp, voir la video

[8] Voir video

[9] Source : Europa.eu

[10] Source : Nordregio

[11] Source : Alpine-Space.eu=62&cHash=d836976a9a]

[12] Source : Convention Alpine

[13] Source : Alpine-Space.eu

[14] Source : Bayerisches Staatsministerium für Umwelt und Gesundheit

[15] Source : Alpine-Space.eu

[16] Source : Arge Alp

[17] Source : Twitter

[18] Source : CIPRA

[19] Suorce : Alpine-Space.eu

[20] Un empire sur lequel “le soleil ne se couchait jamais” et qui s’est étendu grâce aux mariages “Alii bella gerunt, tu felix Austria nube !”

[21] Source : Wikipedia

[22] Un exemple intéressant de cette tendance : Lothar Späth, ancient Ministre Président du Bade-Wurtemberg, a lancé les “4 moteurs de l’Europe”, une collaboration entre le Bade-Wurtemberg, la Catalogne, la Lombardie et le Rhônes-Alpes. Sources : Der Spiegel ; 4-Motors

[23] Editions Anticipolis, Nice 2010

[24] Cela montre aussi qu’une constitution de l’Euroland devrait être en tout point différente de la constitution de l’UE. Un texte court, qui n’essaie pas de tout formaliser.

[25] Le Conseil de Lombarde de Roberto Formigioni a été ébranlé d’un scandale de corruption. Source : Financial Times, 14/10/2012

[26] En 2010, plusieurs membres du SVP Suisse avaient lancé une initiative pour changer la constitution Suisse afin que des régions adjacentes soient en mesure de rejoindre la Suisse. Cette initiative n’a eu aucune conséquence, mais un journal local cite plusieurs sondages dans les régions adjacentes, où une majorité voudrait en fait rejoindre la Suisse. Source : Tagesanzeiger, 23/06/2010

[27] La Suisse est le premier pays où un referendum populaire concernant la réforme du système monétaire est en preparation, voir Vollgeld.ch

[28] Un processus très développé est par exemple EMAS (European Eco-Management and Audit Scheme). Il s’agit d’un cycle d’auto-développement, où une organisation définit des objectifs qui seront améliorés en permanence.

[29] Les protestataires à Stuttgart voudraient en effet remplacer le Deutsche Bahn par le SBB



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